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Articles maçonniques. Presse maçonnique. Comptes-rendus de lecture

LES AILES DU BANDEAU de Pierre PELLE LE CROISA

LES AILES DU BANDEAU de Pierre PELLE LE CROISA

1ère partie: "Les ailes noires du bandeau"

Y a bien longtemps- je me souviens –

J’ marchais à l’ombr’, j’étais paumé.

Devant la lourd’, près des copains,

J’ faisais l’ pied d’ grue, à poireauter.

I’ m’ont foutu un grand bandeau

Com’ deux ail’ noires sur les yeux.

Et puis ce fut le tir des mots :

À bout portant, ils ont fait feu !

Plus d’une fois je fus touché.

Ça faisait mal, je saignais fort :

C’est au cœur qu’ils avaient visé...

« Merci, Monsieur », j’étais dehors.

Alors j’ai soigné mes bobos,

Mais ils n’ont pas cicatrisé :

Il n’y a pas de placebo

Quand c’est l’esprit qui est blessé.

Je me suis mis à réfléchir,

Dans ma têt’ ça a gambergé.

J’ me suis dit qu’il fallait agir :

Je suis venu vous retrouver.

Un jour j’ai reçu la lumière,

Mes ailes noires s’ sont envolées...

Mais j’ai toujours un goût amer :

Les copains, eux, ils sont restés !

J’ai plus mes cuirs, j’ai plus mes bottes,

J’ai plus mes gants ni mon blouson.

Pourtant j’ n’ai pas renié mes potes

- Quand on s’ dit franc, faut êt’ maçon ! -

Mais j’ pourrais plus r’tourner dehors

- J’y suis, j’y reste, v’nez pas m’ chercher ! -.

J’ai franchi le seuil de la mort...

J’ai pas envie d’ recommencer !

Alors, j’ vous d’mande, comme une prière :

« Fusillez pas les bandeaux noirs ! »

Car ceux qui viennent, mêm’ s’i’ sont fiers,

Ils ont les foies, vous pouvez m’ croire !

Et puis, qu’a-t-on de supérieur

Qui nous permet’ d’ les condamner ?...

Vous m’avez fait la l’çon du cœur,

J’ai retenu l’humilité.

Bien sûr, les gars, i’ sont pas chouettes,

I’z’ ont les idées mal fringuées,

C’est rapiécé, pas toujours net.

Leur pier’ n’est pas même ébauchée...

Mais bien franch’ment, qu’est-ce ça peut faire ?

Ce qui importe, c’est le terrain.

Pour moi, vous tous, vous êt’ des frères.

Eh ben, pour eux, j’ s’rai un frangin !

Ne vous crispez pas sur des normes :

Elles cristalliz’ la tradition.

C’est le rite qui nous transforme…

Encor’ faut-il être franc-maçon !

Dans les loubards, y a des p’tits princes :

I’ faut savoir les dessiner.

Je n’ souhait’rais pas qu’on les évince

Pa’ç’ qu’on peut pas les encadrer !

J’ préfèr’ les portraits au crayon

Aux peintures enluminées

Et les tableaux de compagnon

À ceux de maître ès-qualités.

Y a des maçons qui ne peuv’ jouir

Qu’en s’ frottant à leur tablier.

Leurs bijoux les font tressaillir.

Pour un cordon, ils pren’ leur pied.

Écoutez donc le grand Raimu,

À Fernandel, son confident,

Dir’, tonnant de sa voix bourrue :

« Petit, méfie-toi de ces gens

Qui te vendent de beaux outils

Dont ils ne se servent mêm’ pas ! »

Fait's attention les apprentis,

Aux prophèt’ d’équerre et compas !

Dans l’atelier, les bricoleurs

Taillent leurs planch’ à l’établi...

Mais ils imit’ des créateurs

Qu’ils reproduisent en série !

Maniez l’outil : c’est un moyen

De travailler sur le chantier.

Et pourtant seul’ l’œuvre est la fin...

Faudrait quand même pas l’oublier !

J’aim’ pas les avis assénés,

La symbolique des certitudes.

L’esprit doit rester tempéré :

Le doute est la bonne attitude.

Pierre PELLE LE CROISA, 1982©.

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